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25
fév.
Des
artilleurs nous apprennent que les attaques boches n’ont pas
échoué complètement, que nos lignes
sont même enfoncées à un endroit et
qu’on a déjà prévu une ligne
de défense assez loin de notre ligne actuelle. Ça
va mal, bien que nous ne croyions qu’à
moitié tout ce qu’on raconte. De braves gens nous
acceptent en popote et on prend du lest, q.s.p. 24
heures.
(quantité suffisante pour ...) Après déjeuner, la
canonnade reprend très violente. À 2 h. arrive
l’ordre d’envoyer la première section
à l’ouest de Vacherauville. Bien entendu,
c’est ce vieux Cambour. qui est désigné
pour prendre le commandement. Buy et Sigaud se mettent en quatre pour
faire ce que je demande, pas mal affolés
d’ailleurs. Je pars à 3 heures avec 60
brancardiers, et une section de voitures. Le cycliste qui
m’accompagne se trompe et nous fait faire 2 kil. de trop ;
le voyage est plutôt triste ; temps gris, maussade ;
à quelques kilomètres c’est un
grondement continu de coups formidables ; à mi chemin de
Verdun, la neige commence à tomber. Blot que nous
rencontrons en route nous dit que ça marche bien pour nous.
Nous contournons Verdun et arrivons enfin à Belleville
où nous trouvons le médecin-chef ; petite
engueulo pour
arriver en retard (l’ordre avait été
sucré dans la matinée). Il m’ordonne
d’aller chercher en toute hâte quelques
blessés et de
repartir au plus vite pour Belleville ; je pars sur la route de Bras
avec les 4 voitures et
quelques brancardiers dont mon brave Boboeuf qui demande à
me
suivre ; nous trouvons quelques blessés que nous embarquons
dans
nos voitures ; Borie, Fabre et Lamy que je vois un peu plus loin
m’annoncent que les
Boches arrivent au pas (de) gymn. bien
gai. Je continue jusqu’au petit bois que le
M(édecin-) C(hef) m’a recommandé
de ne pas dépasser sous aucun prétexte (ce qui
m’a d’ailleurs rudement intrigué).
Depuis 17 mois que je fais campagne je n’ai jamais vu
spectacle plus désolant que celui que j’ai eu
à ce moment ; de tous côtés sur la
route, à travers champs, on voyait filer à toute
allure sans fusil, sans sac, des zouaves, fantassins, tirailleurs, les
uns blessés courant se réfugier à
l’ambulance les autres fuyant simplement devant les Boches ;
j’essaie d’en arrêter quelques
uns sans avoir beaucoup de succès ; pendant ce
temps les 210 rappliquent sur la route. Nous ramassons un prisonnier
qui s’est rendu dans la matinée. Le rabbin
m’explique au retour la cause de l’affolement du
M.-C. Il est allé jusqu’à
Bras où il a appris la marche foudroyante des Boches.
À l’ambulance, grande pagaïe ; nous
rejoignons le gros de la section à Belleville et reprenons
le chemin de Bellerupt ; à 1 kil. de Verdun nous rencontrons
Vausanges qui nous apprend que le reste du groupe est en marche sur
Bras par ordre supérieur. Je n’y comprends plus
rien ; c’est à croire que tout le monde a perdu la
boule et qu’il n’y a plus rien à faire.
Avec Liber nous partons à la rencontre du groupe dont nous
voyons les lanternes sur la colline. Grand conseil de guerre de tous
les officiers
auxquels je raconte tout ce qui s’est passé.
L’ordre d’aller à Bras a
été donné à 3 h. et
à 5 h. on m’ordonnait d’aller
à Bellerupt. On décide d’aller
à Bellerupt téléphoner au M.-C. , Buy,
Liber et moi. Le M.-C. nous ordonne d’aller cantonner
à Belleville. Nous
redescendons et reprenons la marche vers Verdun où nous
arrivons peu après. Nous trouvons un(?) cantonnement ;
c’est un pavillon très coquet
d’apparence, avec des caves assez spacieuses. Nous remarquons
qu’il a été habité par un
état-major qui l’a plaqué en vitesse
à en juger par le désordre qui règne
dans toutes les
pièces. En sortant nous voyons 2 trous de 380 à
quelques mètres de là. Un adjudant-chef du poste
installé non loin de là vient nous
prévenir que l’endroit est très
dangereux et nullement indiqué pour un cantonnement. Au
même moment une de nos grosses pièces se met
à tirer. Les Boches ne tardent pas à
répondre ce qui précipite notre
départ.
Nous ne savons où aller cantonner ;