entete

Clément CAMBOURNAC

Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC"poilu" de la Grande Guerre

Y penser toujours, n'en parler jamais
contexte0

les Boches arrivent au pas de gymn

texte35
25 fév.

Des artilleurs nous apprennent que les attaques boches n’ont pas échoué complètement, que nos lignes sont même enfoncées à un endroit et qu’on a déjà prévu une ligne de défense assez loin de notre ligne actuelle. Ça va mal, bien que nous ne croyions qu’à moitié tout ce qu’on raconte. De braves gens nous acceptent en popote et on prend du lest, q.s.p. 24 heures. (quantité suffisante pour ...) Après déjeuner, la canonnade reprend très violente. À 2 h. arrive l’ordre d’envoyer la première section à l’ouest de Vacherauville. Bien entendu, c’est ce vieux Cambour. qui est désigné pour prendre le commandement. Buy et Sigaud se mettent en quatre pour faire ce que je demande, pas mal affolés d’ailleurs. Je pars à 3 heures avec 60 brancardiers, et une section de voitures. Le cycliste qui m’accompagne se trompe et nous fait faire 2 kil. de trop ; le voyage est plutôt triste ; temps gris, maussade ; à quelques kilomètres c’est un grondement continu de coups formidables ; à mi chemin de Verdun, la neige commence à tomber. Blot que nous rencontrons en route nous dit que ça marche bien pour nous. Nous contournons Verdun et arrivons enfin à Belleville où nous trouvons le médecin-chef ; petite engueulo pour arriver en retard (l’ordre avait été sucré dans la matinée). Il m’ordonne d’aller chercher en toute hâte quelques blessés et de repartir au plus vite pour Belleville ; je pars sur la route de Bras avec les 4 voitures et quelques brancardiers dont mon brave Boboeuf qui demande à me suivre ; nous trouvons quelques blessés que nous embarquons dans nos voitures ; Borie, Fabre et Lamy que je vois un peu plus loin m’annoncent que les Boches arrivent au pas (de) gymn. bien gai. Je continue jusqu’au petit bois que le M(édecin-) C(hef) m’a recommandé de ne pas dépasser sous aucun prétexte (ce qui m’a d’ailleurs rudement intrigué). Depuis 17 mois que je fais campagne je n’ai jamais vu spectacle plus désolant que celui que j’ai eu à ce moment ; de tous côtés sur la route, à travers champs, on voyait filer à toute allure sans fusil, sans sac, des zouaves, fantassins, tirailleurs, les uns blessés courant se réfugier à l’ambulance les autres fuyant simplement devant les Boches ; j’essaie d’en arrêter quelques uns sans avoir beaucoup de succès ; pendant ce temps les 210 rappliquent sur la route. Nous ramassons un prisonnier qui s’est rendu dans la matinée. Le rabbin m’explique au retour la cause de l’affolement du M.-C. Il est allé jusqu’à Bras où il a appris la marche foudroyante des Boches. À l’ambulance, grande pagaïe ; nous rejoignons le gros de la section à Belleville et reprenons le chemin de Bellerupt ; à 1 kil. de Verdun nous rencontrons Vausanges qui nous apprend que le reste du groupe est en marche sur Bras par ordre supérieur. Je n’y comprends plus rien ; c’est à croire que tout le monde a perdu la boule et qu’il n’y a plus rien à faire. Avec Liber nous partons à la rencontre du groupe dont nous voyons les lanternes sur la colline. Grand conseil de guerre de tous les officiers auxquels je raconte tout ce qui s’est passé. L’ordre d’aller à Bras a été donné à 3 h. et à 5 h. on m’ordonnait d’aller à Bellerupt. On décide d’aller à Bellerupt téléphoner au M.-C. , Buy, Liber et moi. Le M.-C. nous ordonne d’aller cantonner à Belleville.  Nous redescendons et reprenons la marche vers Verdun où nous arrivons peu après. Nous trouvons un(?) cantonnement ; c’est un pavillon très coquet d’apparence, avec des caves assez spacieuses. Nous remarquons qu’il a été habité par un état-major qui l’a plaqué en vitesse à en juger par le désordre qui règne dans toutes les pièces. En sortant nous voyons 2 trous de 380 à quelques mètres de là. Un adjudant-chef du poste installé non loin de là vient nous prévenir que l’endroit est très dangereux et nullement indiqué pour un cantonnement. Au même moment une de nos grosses pièces se met à tirer. Les Boches ne tardent pas à répondre ce qui précipite notre départ. Nous ne savons où aller cantonner ; 


 

page suivante