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Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC, "poilu" de la Grande Guerre |
| Y penser toujours, n'en parler jamais |
Les relations diplomatiques sont déjà tendues ; l’Autriche a déclaré la guerre à la Serbie mais nous l’ignorons encore ; M. Vassal nous donne les premières émotions en nous annonçant que les banques sont fermées. Je me vois déjà avec l’uniforme d’auxiliaire soignant de mon mieux les pauvres blessés. Mais le soir les journaux sont plus optimistes.
Urbain arrive et nous annonce la 1ère déclaration de guerre ; sur le parcours, on prépare déjà la mobilisation ; mais pas plus que les 2 ou 3 jours suivants on ne croit à la guerre, tellement l’hypothèse parait extraordinaire ; on en parle rarement pour ne pas donner ...... inutilement (!!!) des émotions à nos parents. Le 31 nous allons à St Côme et nous apprenons que les choses vont de plus en plus mal.
Le
soir vers 4 h.1/2 j’entends une auto arriver ; je me
précipite à la fenêtre et je
vois arriver une voiture fermée avec à
l’avant un gendarme : “C’est ma feuille
de route qui arrive, ai-je pensé”
.Hélas ! mieux que cela. De la portière sort la
tête grimaçante d’un pandore qui parait
fortement ému et d’une voix
éraillée il nous lance : “La
guerre est déclarée” Vivrai-je plus de
cent ans je me souviendrai toujours de cette scène et de
l’émotion (pas la frousse) qu’elle
m’a
causée. je ne m’étais pas encore fait
du tout à l’idée de la guerre et
brutalement j’apprends que tout était fini et
à un moment où on ne pouvait compter
d’une façon certaine sur
l’appui de l’Angleterre et surtout sur la
neutralité de l’Italie j’eus en quelques
instants la vision de la
guerre avec toutes ses horreurs et je ne songeai pas du tout
(à ce moment du moins) à ce
qu’on peut à la rigueur appeler les
beautés de la
guerre.
Mes soeurs qui avaient entendu aussi bien que moi étaient
attérées ; je partis à bicyclette pour
rattrapper les gendarmes qui s’étaient
arrêtés dans le
village, et ce n’est qu’après
être rentré chez moi que j’appris par M.
le Curé que c’était
seulement la mobilisation ; c’était un peu mieux.
Je partis à vélo chercher le garde
champêtre
pour afficher l’ordre de mobilisation. Ce jour là
seulement je commençai à croire la guerre
possible et presque probable.
Quand mon frère rentra, nous lui apprîmes la
nouvelle qui le surprit autant que nous. Il n’avait pas son
livret et ne savait quel
jour il devait se rendre ; il décida de partir le
lendemain pour Villeneuve et de là le surlendemain
pour Perpignan.