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Clément CAMBOURNAC

Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC"poilu" de la Grande Guerre

Y penser toujours, n'en parler jamais
contexte1 Clément est un jeune étudiant en médecine de 22 ans...

"La guerre est déclarée"

texte1 C. Cambournac
1, place Ste Eulalie
(Le Cayrol en Aveyron)
28 juillet (1914), mardi

Les relations diplomatiques sont déjà tendues ; l’Autriche a déclaré la guerre à la Serbie mais nous l’ignorons encore ; M. Vassal nous donne les premières émotions en nous annonçant que les banques sont fermées. Je me vois déjà avec l’uniforme d’auxiliaire soignant de mon mieux les pauvres blessés. Mais le soir les journaux sont plus optimistes.

29, 30, 31.

Urbain arrive et nous annonce la 1ère déclaration de guerre ; sur le parcours, on prépare déjà la mobilisation ; mais pas plus que les 2 ou 3 jours suivants on ne croit à la guerre, tellement l’hypothèse parait extraordinaire ; on en parle rarement pour ne pas donner ...... inutilement (!!!) des émotions à nos parents. Le 31 nous allons à St Côme et nous apprenons que les choses vont de plus en plus mal.

1 août.

Le soir vers 4 h.1/2 j’entends une auto arriver ; je me précipite à la fenêtre et je vois arriver une voiture fermée avec à l’avant un gendarme : “C’est ma feuille de route qui arrive, ai-je pensé” .Hélas ! mieux que cela. De la portière sort la tête grimaçante d’un pandore qui parait fortement ému et d’une voix éraillée il nous lance : “La guerre est déclarée” Vivrai-je plus de cent ans je me souviendrai toujours de cette scène et de l’émotion (pas la frousse) qu’elle m’a causée. je ne m’étais pas encore fait du tout à l’idée de la guerre et brutalement j’apprends que tout était fini et à un moment où on ne pouvait compter d’une façon certaine sur l’appui de l’Angleterre et surtout sur la neutralité de l’Italie j’eus en quelques instants la vision de la guerre avec toutes ses horreurs et je ne songeai pas du tout (à ce moment du moins) à ce qu’on peut à la rigueur appeler les beautés de la guerre.

Mes soeurs qui avaient entendu aussi bien que moi étaient attérées ; je partis à bicyclette pour rattrapper les gendarmes qui s’étaient arrêtés dans le village, et ce n’est qu’après être rentré chez moi que j’appris par M. le Curé que c’était seulement la mobilisation ; c’était un peu mieux. Je partis à vélo chercher le garde champêtre pour afficher l’ordre de mobilisation. Ce jour là seulement je commençai à croire la guerre possible et presque probable. Quand mon frère rentra, nous lui apprîmes la nouvelle qui le surprit autant que nous. Il n’avait pas son livret et ne savait quel jour il devait se rendre ; il décida de partir le lendemain pour Villeneuve et de là le surlendemain pour Perpignan.

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