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Clément CAMBOURNAC

Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC"poilu" de la Grande Guerre

Y penser toujours, n'en parler jamais
contexte20 21 décembre, attaque française au nord-est du bois Saint-Mard

les blessés commencent à rappliquer

texte20
21 déc.

cabaneLever dans un certain enthousiasme. Notre cantine faite, nous descendons, Pouch et moi au train d’où l’on doit partir pour Tracy attendre les évènements ; ½ heure de marche jusqu’à la maison du garde ; en passant dans le bois, nous disons presque adieu à notre petite cabane où nous étions si bien. Nous pataugeons dans la boue, sous la pluie pendant une heure, M. Favier, Pouch et moi, un zouave nous offre l’hospitalité dans sa cania où l’on vient me chercher un moment après pour aller avec ma section au 135 organiser un relai d’ambulance ; je vais avec M. Favier jusqu’à Bimont où nous rejoignent le médecin-chef et Valois. Retour au 153 par un chemin ignoble. Pendant ce temps, ça chauffe terriblement ; depuis le matin le canon a tonné furieusement.

En arrivant à Tracy on nous a annoncé la prise d’une tranchée Boche ; un peu plus loin, on nous annonce qu’une compagnie boche ou du moins les restes d’une compagnie ont été faits prisonniers. Que ça dure ! 

Malheureusement, cela ne va pas sans casse ; les blessés commencent à rappliquer ; les voitures d’ambulance circulent sans arrêt toujours pleines ; mes hommes prennent les blessés sur leurs brouettes et les portent à Tracy ; de temps en temps, on voit arriver des groupes de zouaves qui ont réussi à s’échapper, après avoir été blessés et qui ont voulu laisser les voitures pour de plus malades qu’eux. Ils font pitié à voir ces malheureux la tête bandée, ou un bas en écharpe, les habits déchirés, couverts de boue et souvent sanglants. Les brancardiers se distinguent par un très grand dévouement.

Malheureusement rien à croquer ou presque rien ; on serre la ceinture d’un cran et on travaille de bon coeur tout de même ; ces pauvres blessés sont autrement à plaindre que nous et méritent bien qu’on s’occupe d’eux. Leur moral est très bon. Un jeune capitaine de zouaves, blessé au début de l’action est particulièrement enthousiaste.

Ce matin, en revanche, j’ai vu un prisonnier qui ne l’était pas du tout ; comme il était blessé, je lui ai fait signe d’approcher pour que je puisse l’examiner ; et j’ai remarqué sur ses traits une véritable expression de terreur ; il sait comment ses compatriotes traitent nos prisonniers et il craint qu’on lui en fasse autant. Je l’ai d’ailleurs eu vite rassuré sur nos intentions.

Le soir, à la nuit, nous voyons passer quelques autres prisonniers. On les invective un peu à distance et je dois prendre leur défense ; ce sont peut-être de très braves gens et il ne convient pas de se venger sur eux de toutes les atrocités commises par leurs crétins de compatriotes.

Notre attaque a donné d’assez bons résultats ; quelques tranchées ont été prises. Si le succès n’a pas été complet, c’est à cause de la désertion d’un sergent indigène qui a malheureusement annoncé l’attaque aux boches, lesquels ont pu recevoir des renforts. Nous recevons l’ordre de filer sur Tracy où nous devons coucher. Nuit très calme.

22 décembre.

Journée assez tranquille à Tracy. Nous rentrons le soir à Offemont, la relève se faisant dorénavant le soir.


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