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Clément CAMBOURNAC

Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC"poilu" de la Grande Guerre

Y penser toujours, n'en parler jamais
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Il y a 3 mois notre médecin-chef annonçait qu'on allait former une équipe de foot-ball association

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Samedi 3 avril 1915

Mon bien cher Jean,

Je viens de lire et relire ta lettre si impatiemment attendue ; elle a battu tous les records de vitesse en faisant le voyage Rochefort-37e en 2 jours. Ton long silence de 2 mois m'inquiétait ; je te demande de m'écrire un peu plus souvent ; je sais que la vie de garnison est fort énervante, mais je suis sûr que tu voudras bien au moins toutes les semaines faire un petit sacrifice pour procurer de la joie à ton vieil ami. Juste au même moment, je me trouvais depuis une dizaine de jours sans nouvelles de mon frère, ce qui m'inquiétait sérieusement ; une tuile n'arrive pas seule, dit-on ; une joie non plus : j'ai reçu en même temps ta lettre et une autre de mon frère me donnant d'excellentes nouvelles ; aussi je suis heureux comme un roi ; tout est bien qui finit bien. Tu as repris l'envie de quitter Rochefort. Je te répéterai à ce sujet ce que je t'ai déjà dit. Tu es bien plus utile que moi ; tu joues un rôle autrement intéressant ; tu n'as, cela va sans dire, absolument rien à te reprocher, contrairement à ce que tu me dis : tout le monde ne peut pas être à l'avant, surtout dans le service de santé dont les 2/3 du personnel sont sur le territoire, de par le règlement tout à fait logique. Tu as le droit plus que tout autre de rester à Rochefort, parce que tu as commencé à servir la Patrie plusieurs mois avant ton appel régulier, et aussi parce que ta classe n'est pas encore partie pour le front, tandis que la mienne, par exemple, y est depuis le début. Tu épargneras beaucoup de chagrins à tes parents et cette considération doit entrer en ligne de compte. Donc, conseil d'ami, ne bouge pas de Rochefort. D'autre part, tu me parais, d'après ta lettre, avoir ou avoir eu l'intention bien arrêtée de faire campagne. Si pour des raisons que je t'engage à peser longuement, tu tiens absolument à partir, je serais tout heureux de faire toutes les démarches nécessaires pour te faire venir à la 37e, plutôt qu'à une autre formation, et ensuite pour te faire verser à ma section. Je ferai même l'impossible pour cela, mais à la condition que tu ne veuilles à aucun prix rester à Rochefort. zouavesAllons, un peu de patience, dis toi bien que la vie est monotone partout, autant sur le front qu'à l'intérieur ; nous sommes obligés de nous ingénier à y apporter un peu de variété. Le récit que je te fais de la nôtre te fait peut-être croire qu'elle est très agréable ; elle l'est sans doute, mais parce que nous avons beaucoup de chance : un médecin-chef très chic et qui a en nous toute confiance, un aide-major qui est notre meilleur copain ; nous-même nous nous sommes fort bien rencontrés ; bien que de caractères et surtout d'aspirations très différents, nous nous entendons à merveille (ce qui est très rare) ; il y a 3 mois je voulais permuter dans un régiment de zouaves ; pour le moment, je suis tellement attaché au 37e groupe que j'en partirais avec un certain regret.

Notre service comporte 2 jours de travail sur 6 ; ces 2 jours, d'ailleurs, peu d'occupations, tant qu'il n'y a pas d'attaque et il n'y en a pas eu depuis pas mal de temps. Nous sommes chargés de surveiller la tenue des hommes, l'installation et la propreté du cantonnement, le fonctionnement du service. Je fais de longues promenades pour inspecter nos postes ou simplement prendre l'air ; le pays est délicieux ; je fais beaucoup de photos ; je t'en envoie quelques unes ci-joint, puisque cela te fait plaisir. Une autre de nos occupations des jours de repos, c'est le.... sport !!!! Il y a 3 mois notre médecin-chef annonçait qu'on allait former une équipe de foot-ball association ; il nous a demandé de nous en occuper. Les débuts ont été durs ; tout cela ne plaisait guère à nos brancardiers mais petit à petit le cercle des sportifs improvisés s'est agrandi et nous avons fini par trouver une trentaine d'amateurs très assidus ; sur le nombre, il y a plusieurs vieux joueurs d'association dont l'un médecin auxiliaire de l'Olympique lillois, l'autre membre d'un patronage de Dijon, plusieurs joueurs de rugby. Il y a 3 semaines, nous avons lancé un défi retentissant à l'équipe première de l'ambulance voisine qui recrutée dans le 1er corps (Lille) comprend de très bons joueurs. Le lendemain, le médecin-chef de l'ambulance venait en personne relever le défi et s'entendre avec nous pour l'organisation du match. footIl fut fixé au dimanche 21 mars. Grand branle-bas au cantonnement et dans les environs où la nouvelle s'était très vite répandue. Nous avons soigneusement trié les meilleurs joueurs ; j'ai été honoré de plus de confiance que je n'en méritais ; on m'a mis "arrière" de l'équipe, et qui mieux est, j'ai été bombardé...... capitaine ! Je te vois déjà rigoler et dire ou du moins penser : elle doit être fraîche l'équipe avec un pareil capitaine ! Et bien, elle a sorti (?) une partie splendide, bien que nous eussions un goal ignoble. Il y avait une assistance d'au moins 3 ou 400 personnes des militaires seulement, bien entendu, parmi lesquels beaucoup d'officiers. Sur les 11 joueurs adverses, 6 avaient été équipiers premiers de bons clubs du Nord ; un autre avait joué et gagné la finale du championat de France 1ère série (association) en 1913 ; l'ailier gauche était un des meilleurs coureurs à pied du Nord. Après une partie très disputée, notre équipe le "Poilu Club d'X (le nom du patelin)" l'a emporté par 5 à 4 ; sur les 4 buts de nos adversaires, 3 ont été marqués sur des fautes grossières de notre goal. Tel que tu me connais, je n'ai été brûlé que 2 fois et chaque fois j'ai réussi à remonter l'avant adverse ; j'ai reçu maints rampo(?), mais j'en ai donné encore plus. La partie s'est terminée sur un frénétique hourrah ; vin d'honneur, photos par Bibi et, le soir, champagne offert par le médecin-chef.

Le dimanche suivant, la revanche. J'étais, ainsi que 2 de mes équipiers, un peu grippé. Malgré cela nous avons nettement  "surclassé" nos adversaires en leur administrant 5 buts à 2. Le soir, nouvelles réjouissances après une rentrée sensationnelle au pas dans le cantonnement (nous avions joué sur le terrain de l'autre équipe). Nous avons eu des félicitations officielles avec des encouragements à continuer. On m'a chargé de former deux autres équipes et d'organiser des

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