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Clément CAMBOURNAC

Journal et lettres de Clément CAMBOURNAC"poilu" de la Grande Guerre

Y penser toujours, n'en parler jamais
contexte66

Le commandement allemand décide de saigner à blanc l’armée française grâce à sa supériorité en artillerie. Le lundi 21 février, après une courte mais violente préparation d’artillerie, attaque de trois corps d’armée. Les deux divisions françaises qui défendent les seize kilomètres de la première ligne sont submergées. En 24 heures, 6 000 camions montent vers le front en empruntant cette route devenue la Voie sacrée. L’assaut allemand est repoussé.


(Verdun:) nous sommes allés vers le 20 fev. nous faire administrer un fameux coup de tampon ; ce fut court mais bien senti.

texte66
22 mars 16

Mon bien cher Jean, 

Nous sommes aussi paresseux l'un que l'autre ; voilà plus de 2 mois que nous sommes muets comme une carpe ; donnons-nous mutuellement l'absolution, et tout sera dit. Es-tu toujours à Rochefort ? N'y-a-t'il pas eu du nouveau ? N'as-tu pas été nommé médaux ? Cela ne saurait tarder en tout cas. Ecris-moi dès que tu le pourras car je ne suis même pas sûr que ma lettre te trouveras à Rochefort.

Pour nous, après une assez longue période de repos, nous sommes allés vers le 20 fev. nous faire administrer un fameux coup de tampon ; ce fut court mais bien senti. Nous n'avons fait que très peu de service et nous avons cependant eu 5 tués et une vingtaine de blessés sur 130 ou 140 brancardiers ; et ce qui augmente notre tristesse et nos regrets, c'est que la mort a choisi parmi les meilleurs, les plus dévoués.

Après quelques jours de bataille, nous avons été envoyés au repos loin des lignes ; on nous a fait 5 ou 6 étapes à pied, ce qui nous a occupés une dizaine de jours ; et maintenant nous voilà dans un joli village d'où on entend à peine le grondement sourd du canon. Nous y avons été extrêmement bien reçus et nous nous y trouvons tout à fait bien ; nous menons une vie un peu monotone et plutôt végétative mais que faire après 18 mois d'une campagne où forcément les préoccupations d'ordre intellectuel n'occupent pas une très grande place. Tous mes camarades ont quitté le groupe ; je me trouve à tous points de vue le doyen des médaux ; je fais un peu figure d'être préhistorique ! J'ai vu  défiler successivement 3 médecins-chefs, 3 aide-majors, plus de 20 médaux et je reste seul au milieu  de jeunes camarades avec qui je fais d'ailleurs très bon ménage. Malgré tout, j'en arrive à éprouver un peu de mélancolie ; ne me crois pas par exemple atteint du "cafard". Je ne connais plus cet état d'esprit. J'attends avec impatience la fin de la guerre en espérant que le bon Dieu continuera à me préserver.

lettre

Adieu, mon cher Jean, écris-moi sans trop tarder. Je t'embrasse bien affectueusement

Clément

Journal

 

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